Conférence-débat · Compte-rendu

Négociations
commerciales :
année zéro

Le constat est connu depuis vingt ans. Le 28 mai, à l'Assemblée nationale, parlementaire, économiste, médiateur, universitaires, négociateurs, avocats et fédérations ont cherché autre chose : les solutions.

Date
28 mai 2026
Lieu
Assemblée nationale
Format
6 tables rondes
Intervenants
17
EGAlim 1, 2, 3· Titre IV du Code de commerce· Déséquilibre significatif· Rupture brutale· Date butoir· Abus de dépendance économique· Souveraineté alimentaire· DGCCRF· EGAlim 1, 2, 3· Titre IV du Code de commerce· Déséquilibre significatif· Rupture brutale· Date butoir· Abus de dépendance économique· Souveraineté alimentaire· DGCCRF·

Une matinée organisée par Vertice et Loi & Stratégies à l'Assemblée nationale. L'objet n'était pas de refaire le constat — tout le monde le partage — mais de poser, sans tabou, la question de la refondation : si nous repartions de zéro, que garderions-nous ?

01

L'essentiel en chiffres

Quelques repères revenus tout au long de la matinée — qui disent l'ampleur du sujet, et l'urgence d'en changer la méthode.

3 lois
en moins de cinq ans (EGAlim 1, 2, 3), pour des constats inchangés depuis vingt ans
1/3
des PME fournisseurs de la distribution sont déficitaires — contre 19 % avant EGAlim
~100
entreprises concernées par les centrales internationales… sur 22 000 fournisseurs
4
enseignes se partagent l'essentiel du marché : un oligopole face à ~8 000 points de vente
Les intervenants de la conférence « Négociations commerciales : année zéro », 28 mai 2026, Assemblée nationale
Les intervenants de la matinée, dans la cour de l'Assemblée nationale - 28 mai 2026.
L'analyse Uplawder

Trois bascules pour sortir
du millefeuille

Pendant quatre heures, dix-sept intervenants ont disséqué un cadre légal que personne ne défend vraiment et que personne ne sait remplacer. De ce désaccord fertile émergent trois idées qui, mises bout à bout, dessinent une autre façon de penser la réforme. Non pas une loi de plus — mais un changement de regard.

Le titre de la conférence n'était pas une provocation gratuite. « Année zéro », c'est l'hypothèse de travail : si l'on effaçait l'ardoise, que réécrirait-on ? La question, en apparence théorique, a produit un effet très concret. Elle a libéré la parole des postures habituelles et fait apparaître, sous la technicité du droit des pratiques restrictives, trois lignes de force que les six tables rondes n'ont cessé de recouper.

Le diagnostic, lui, fait l'unanimité et il est ancien. Le professeur Nicolas Ferrier l'a résumé sans détour : le récent rapport d'enquête sénatorial dresse « toujours les mêmes constats depuis l'origine » — tensions sur les prix, fausse coopération commerciale, évitement du droit français par les centrales internationales, insuffisance des contrôles — et propose des remèdes « en deçà des constats ». Tout le monde sait ce qui ne va pas. La nouveauté de la matinée fut ailleurs : dans la méthode.

Première bascule

Le mal n'est pas dans le texte. Il est culturel.

C'est l'économiste Laurent Benzoni qui a posé la charge la plus frontale, en s'avouant « horrifié » à mesure qu'il découvrait le secteur : pourquoi une négociation sur une boîte de petits pois serait-elle plus difficile à conduire qu'un contrat de plusieurs milliards entre un avionneur et une compagnie aérienne, ou qu'un contrat nucléaire de trente ans ? Sa réponse, reprise et amplifiée par presque tous : il n'y a pas de raison objective. Le dysfonctionnement n'est ni technique ni juridique.

« Ce n'est plus structurel. C'est devenu culturel. »

Les deux négociateurs professionnels, Laurent Plantevin et Philippe Duvocelle, l'ont confirmé du terrain. Industriels et distributeurs partagent la même chaîne de valeur — simplement fracturée entre ceux qui produisent et ceux qui donnent accès au consommateur. Ce qui les rassemble est plus important que ce qui les divise ; mais on ne regarde jamais que la fracture. Duvocelle décrit une relation « née dans la douleur », presque « paranoïaque », où la tension, jadis cantonnée à trois mois de l'année, s'étire désormais sur douze. Le médiateur Jo-Michel Dahan, qui se compare à « un ostéopathe » — on n'est pas là pour brusquer le corps, mais pour l'aider à se libérer — a vu de l'intérieur cette mécanique : des acteurs qui travaillent ensemble depuis vingt ans et qui, dans le box de négociation, jouent « comme si c'était la première fois qu'ils se voyaient ».

La conséquence est lourde : aucune loi ne réécrit une culture. Et de l'aveu même des avocats organisateurs, c'est « sans doute l'élément le plus difficile à changer » — ce qui invite à beaucoup d'humilité sur ce que le législateur peut, seul, accomplir.

Deuxième bascule

Changer l'objet de la négociation :
du prix à la création de valeur

C'est l'idée la plus neuve de la matinée, portée par Maître Olivier Leroy (Vertice) et reprise par les fédérations. Le tort, dit-il, est d'avoir réduit la négociation au prix. Le couple « concession économique / contrepartie commerciale » — que Plantevin qualifie de « péché cardinal » — fige la relation dans le marchandage transactionnel : à toute concession, une contrepartie, donc un point de départ dégradé et l'innovation prise en otage.

« Aujourd'hui, l'industriel signe à côté de la convention un véritable business plan, parce que le distributeur ne veut pas de contrepartie générant un aléa sur sa rémunération. Le vrai plan d'affaires est hors de la convention. »

Olivier Leroy — avocat associé, Vertice

La proposition : sortir le tarif de la convention annuelle, laisser sa responsabilité à l'industriel sous condition de non-discrimination, et recentrer la discussion sur le plan d'affaires — « qu'allons-nous construire ensemble ? ». À quoi s'ajoute un constat de bon sens : le principe du prix fixe sur un an est devenu intenable. Covid, Ukraine, Iran — en cinq ans, combien de fois a-t-il fallu rouvrir les négociations ? Les fédérations prolongent : on confond sans cesse le prix, la valeur et le revenu. Tant que 25 % seulement des dépenses des ménages — l'alimentaire — porteront toute la bataille du pouvoir d'achat, la pression sur la chaîne restera intenable. La vraie question n'est pas de partager la valeur, mais d'en créer.

Troisième bascule

Appliquer plutôt que légiférer :
la question des moyens

Le réflexe français — une crise, une loi — a saturé le Titre IV. La députée Anne-Sophie Ronceret l'a reconnu avec franchise : « on vote du tout et du n'importe quoi », et une loi ne se détricote qu'en en votant une autre. D'où un appel transversal au moratoire réglementaire : pour l'ANIA, EGAlim en est à son « an 8 » — il faut des correctifs, pas un renversement de table.

Mais le point le plus dérangeant est venu de Maître Nicolas Genty (Loi & Stratégies). Le problème n'est pas le texte : c'est qu'on ne lui donne pas les moyens de vivre.

« Ce n'est pas parce que certains roulent trop vite qu'il faut supprimer la limitation de vitesse. On critique la loi à l'aune de ceux qui ne la respectent pas. »

Nicolas Genty — avocat associé, Loi & Stratégies

Le déséquilibre significatif, salué par l'école de Harvard comme « le principe même de la négociation intégrative inscrit dans la loi », exige des ressources à la hauteur de son ambition. Or le budget de la Commission d'examen des pratiques commerciales est, dit Genty, « dramatique » ; faute de moyens, les magistrats verrouillent l'interprétation pour ne pas crouler sous les recours. Une réglementation ambitieuse sans moyens ambitieux est une promesse non tenue. Francis Amand, ex-DGCCRF, le formule autrement : « une règle dont la violation n'est pas sanctionnée n'est pas une règle. »

Restent les débats techniques — denses, parfois contradictoires — qui nourrissent ces trois bascules sans s'y réduire : l'architecture des sanctions et l'arbitrage entre juge judiciaire et juge administratif ; la possible réactivation de l'abus de dépendance économique ; la différenciation selon la taille des acteurs ; le sort de la date butoir ; et la montée de la souveraineté alimentaire comme finalité. On les retrouve, table par table, dans les comptes-rendus ci-dessous. Mais s'il ne fallait retenir qu'une chose de cette « année zéro », ce serait celle-ci : avant de réécrire la règle, il faut changer la conversation.

Paroles de la conférence

Les avocats à l'initiative de la matinée et la députée qui l'a rendue possible.

« On légifère beaucoup — mais une loi ne se détricote qu'en en votant une autre. »

Anne-Sophie Ronceret — Députée

« Le sujet n'est pas réguler ou déréguler. La vraie question : changer d'objet et gagner en création de valeur. »

Olivier Leroy — Avocat associé, Vertice · coorganisateur

« Un formalisme simplifié, une réglementation des abus — et, au-delà, une loi réellement appliquée. C'est ce que j'appelle de mes vœux. »

Nicolas Genty — Avocat associé, Loi & Stratégies · coorganisateur

« On ne négocie plus de la valeur. On négocie des points de marge. »

Elvire Mazet — Avocate, Vertice · coorganisatrice
02

Les pistes « Année Zéro »

Les propositions concrètes formulées au fil des tables rondes. Aucune ne fait consensus — c'est leur confrontation qui fait le prix de la matinée.

01

Changer l'objet de la négociation

Sortir le tarif de la convention annuelle, recentrer sur le plan d'affaires et la création de valeur. Renoncer au dogme du prix fixe sur un an. (O. Leroy)

02

Un moratoire réglementaire

Cesser l'inflation législative, simplifier EGAlim plutôt que le réécrire, et appliquer enfin les textes existants. (N. Genty, N. Ferrier, ANIA)

03

Donner les moyens du contrôle

Budgets de la CEPC, de la DGCCRF et des juridictions à la hauteur de l'ambition des textes. Sans ressources, pas d'application. (N. Genty)

04

Une Autorité administrative indépendante

Spécialisée dans le contrôle des pratiques commerciales, à l'abri des changements de pied politiques. Complétée par des programmes de compliance et des dommages triples. (F. Amand)

05

Réactiver l'abus de dépendance économique

Réécrit en profondeur pour faire passerelle entre pratiques restrictives et pratiques anticoncurrentielles. (M. Chagny, ILEC — débattu)

06

Différencier selon la taille

Adapter les règles au rapport de force réel (qui ne se mesure pas au chiffre d'affaires), pour protéger les PME les plus exposées. (FEEF)

03

Les comptes-rendus,
table par table

Le déroulé fidèle des six tables rondes — débats, points d'accord et de friction, verbatims marquants.

9h00 - 9h40 Table ronde 1

« Quels objectifs pour l'encadrement légal des relations fournisseur-distributeur ? »

Walid Chaiehloudj · anime Anne-Sophie Ronceret · députée Laurent Benzoni · économiste Nicolas Genty · avocat

En ouverture, le professeur Walid Chaiehloudj convoque Portalis et Montesquieu pour poser la tension fondatrice : « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires ». Les objectifs assignés au droit des négociations sont devenus pluriels et parfois incompatibles — moralisation, pouvoir d'achat, revenu agricole, réindustrialisation, souveraineté — quand le droit des pratiques restrictives ne vise, à l'origine, qu'à préserver la loyauté et un certain équilibre.

La députée Anne-Sophie Ronceret justifie l'intervention par le déséquilibre structurel du rapport de force, tout en se disant « contre le tout-par-la-loi ». L'économiste Laurent Benzoni, lui, assume le contre-pied : il ne comprend pas pourquoi ce secteur dysfonctionnerait plus qu'un autre, plaide pour distinguer le court terme du long terme, et démonte le mythe du ruissellement.

« Le ruissellement, c'est de l'amont vers l'aval. L'eau ne monte pas toute seule. Si le problème est le revenu agricole, il faut travailler sur l'amont — pas demander à l'aval de faire vivre l'amont. »Laurent Benzoni

Benzoni livre aussi le paradoxe comparatif de la matinée : l'Allemagne, plus concentrée que la France dans la distribution, affiche des prix plus bas et des relations apaisées — preuve que l'apaisement n'est pas à chercher dans un surcroît de législation, mais peut-être dans une culture du contrôle plus crédible. Il réclame de vraies études d'impact chiffrées, ex-ante et ex-post.

Maître Nicolas Genty défend au contraire la spécificité du contrat alimentaire — des produits indispensables, des milliers de contrats, un enjeu de souveraineté. Sur le pouvoir d'achat, il démine : l'alimentaire pèse trop peu dans le budget contraint pour que sa régulation y change grand-chose. Sa finalité prioritaire tient en une formule.

« Un formalisme simplifié, une réglementation des abus — et, au-delà, une loi réellement appliquée. C'est ce que j'appelle de mes vœux. »Nicolas Genty

En réponse à une question de Francis Amand depuis la salle — « la loyauté n'est-elle pas un objectif en soi ? » — la table converge : oui, la loyauté (et sa sœur jumelle, la bonne foi) est bien la finalité affichée des lois EGAlim. Genty plaide pour la définir dans la loi ; Chaiehloudj met en garde contre les définitions trop fermées, qui privent le juge de sa marge d'appréciation.

À retenir

Désaccord assumé entre l'économiste (peu de fondement objectif à sur-réguler ; travailler l'amont) et les juristes (spécificité du contrat alimentaire). Point commun : la loyauté comme objectif pivot, et le danger de l'inflation législative.

9h45 - 10h05 Table ronde 2

« Faut-il réguler la relation fournisseur-distributeur : la vision des négociateurs »

Laurent Plantevin · négociateur Philippe Duvocelle · négociateur

Deux praticiens de la négociation viennent « ramener un peu de réalité ». Laurent Plantevin récuse l'allégorie du « grand méchant acheteur » : industriels et distributeurs partagent une même chaîne de valeur, simplement fracturée entre ceux qui produisent et ceux qui donnent accès au consommateur final. On ne regarde que la fracture, jamais ce qui rassemble.

Philippe Duvocelle, dix ans passés chez Carrefour, pointe une cause taboue : « très peu de négociateurs connaissent la loi, encore moins l'appliquent » — des deux côtés de la table. Il insiste sur la gestion du temps court : l'acheteur joue sa vie professionnelle sur la compétitivité immédiate de sa catégorie, à des années-lumière des « objectifs stratégiques de la nation ».

Plantevin livre ses trois chantiers concrets pour une future loi :

« Le couple concession / contrepartie, c'est le péché cardinal : en l'écrivant ainsi, le législateur entérine le marchandage transactionnel. Or le commercial devrait rassembler, pas servir à monnayer la marge. »Laurent Plantevin

Il défend de garder la date butoir (sans elle, l'enlisement permanent) mais d'encadrer la renégociation en cours d'année ; et dénonce la rupture unilatérale ouverte aux seuls industriels (issue de la loi Descrozaille), qui n'est qu'une prime au rapport de force. Duvocelle nuance sur le déséquilibre significatif et les CGV, « socle de la négociation » trop souvent ignoré : l'arsenal existe, mais reste inappliqué faute d'acculturation.

À retenir

La régulation est jugée nécessaire par les deux praticiens. Le vrai déficit est de connaissance et d'application du droit existant, et de dissuasion des sanctions. Le marchandage « donnant-donnant » est désigné comme la racine du mal.

10h10 - 10h50 Table ronde 3

« Comment mieux réguler les relations industrie-commerce ? »

Nicolas Ferrier · anime Olivier Leroy · avocat (Vertice) Jo-Michel Dahan · médiateur Muriel Chagny · CEPC (salle)

Le professeur Nicolas Ferrier ouvre sur le rapport d'enquête : « toujours les mêmes constats », des remèdes « en deçà ». Il propose deux piliers de fond — déséquilibre significatif (tentative de soumission) et rupture brutale — et place entre eux le débat classique : sanctionner la lésion simple ou seulement la lésion qualifiée ?

Le médiateur Jo-Michel Dahan, en poste depuis novembre, raconte trois mois « comme une année ». Adepte de la liberté contractuelle et de la micro-régulation en temps réel, il juge la voie répressive « d'une inefficacité totale » en retour sur investissement, et plaide pour la culture du contrat et le modèle espagnol — codes de bonnes pratiques, aides conditionnées à leur respect.

« La date butoir, c'est le plus mauvais système, à l'exception de tous les autres. Cassons-la pour une aventure ? Nous sommes dans l'économie : il faut une étude d'impact d'une qualité extrême avant de partir dans le décor. »Jo-Michel Dahan

Maître Olivier Leroy apporte l'idée-phare de la matinée : changer l'objet de la négociation. Très critique d'EGAlim (complexité sans effet démontré, conflictualité accrue autour des options de transparence — l'option 3 étant pourtant la plus protectrice de la matière première agricole), il propose de sortir le tarif de la convention annuelle et de recentrer sur le plan d'affaires. Le ruissellement à l'envers ? « Ça s'appelle la capillarité, et ça ne marche pas. »

Depuis la salle, la professeure Muriel Chagny défend la réactivation — réécrite en profondeur — de l'abus de dépendance économique, pour faire passerelle avec les pratiques anticoncurrentielles et hiérarchiser liberté et loyauté. Ferrier reste sceptique (charge de la preuve, affectation du marché). Léonard Prunier (FEEF) lance, en chiffre, la question qui hantera la suite : un tiers des PME fournisseurs sont déficitaires — « n'est-ce pas le signal qu'un seuil critique est franchi ? »

À retenir

Trois écoles s'affrontent : liberté contractuelle + médiation (Dahan), recentrage sur la valeur (Leroy), nouvel outil concurrentiel (Chagny). Consensus sur un point : EGAlim a ajouté de la complexité et de la conflictualité sans effet prouvé.

10h55 - 11h35 Table ronde 4

« Quel contrôle et quelles sanctions du cadre réglementaire des relations industrie-commerce ? »

Elvire Mazet · anime (Vertice) Francis Amand · ex-DGCCRF Nicolas Ferrier · professeur

Maître Elvire Mazet rappelle les trois critères de la directive sur les pratiques commerciales déloyales : effectivité, proportionnalité, dissuasion. Francis Amand, vingt ans de DGCCRF, dresse un bilan sévère : le quantum des sanctions a augmenté, les pouvoirs aussi (l'administration peut désormais se substituer au juge civil), « et pourtant les relations ne se sont pas améliorées ».

« Une règle dont la violation n'est pas sanctionnée n'est pas une règle. Mais sanctionner lourdement un simple dépassement de la date butoir, est-ce une nécessité ? On ne sait même pas qui en est à l'origine. »Francis Amand

Amand dénonce l'opacité des amendes administratives (pas d'accès au dossier, doutes sur les droits de la défense) et plaide pour une boîte à outils diversifiée : sanctions formelles systématiques mais modérées, rééquilibrage des contrats par le juge, modes alternatifs pour les « incivilités commerciales ». Mazet enrichit le débat avec l'arrêt de la CJUE du 26 janvier 2026 : la proportionnalité devrait être liée au gain financier visé par la pratique — ce qui interroge le système des amendes forfaitaires automatiques.

Le cœur de la friction : qui contrôle ? Le juge judiciaire, réticent à juger le prix ; ou l'administration et le juge administratif, montés en puissance via les injonctions (affaires Stellantis, enseigne alimentaire) et leurs astreintes à 1 ‰ du chiffre d'affaires. Ferrier alerte sur le risque de pluralisme judiciaire — des standards vagues appliqués différemment selon les ordres de juridiction. Amand tranche par trois propositions.

« Je suis partisan d'une autorité administrative indépendante de contrôle des pratiques commerciales. Avec deux compléments : des programmes de compliance imposés, et la question des dommages triples. »Francis Amand
À retenir

Le problème n'est pas l'absence d'outils, mais leur lisibilité, leur proportionnalité et leur gouvernance. Trois pistes structurantes : AAI, compliance, dommages triples — sur fond de bataille entre juge judiciaire et juge administratif.

11h40 - 12h20 Table ronde 5

« Table ronde des fédérations »

Adélaïde Robardey · anime Léonard Prunier · FEEF Daniel Diot · ILEC Pierre-Marie Décoret · ANIA

Maître Adélaïde Robardey ouvre la table — en regrettant l'absence de la FCD (distribution), qui s'est désistée. Daniel Diot (ILEC) plaide à contre-courant pour une autorité dépendante et non indépendante : la régulation d'une chaîne d'approvisionnement souveraine relève du politique. Il révèle un exercice instructif mené sous l'égide de Frédéric Descrozaille — réécrire le Titre IV à partir de zéro avec industriels et distributeurs — qui atteignait 70 % de convergence. Preuve, dit-il, que le problème n'est pas d'abord d'écriture, mais de comportement.

« L'année zéro, pour nous, c'est d'abord une remise de la balle au centre. Et elle passe, hélas, par des sanctions et un rappel à l'ordre de l'autorité de la concurrence et de la DGCCRF. »Daniel Diot — ILEC

Pierre-Marie Décoret (ANIA) tempère l'idée de « renversement de table » : EGAlim en est à son « an 8 », il faut des correctifs. Il pointe la confusion permanente entre prix, valeur et revenu, et la racine du mal français : un niveau de confiance « extrêmement dégradé » et une trop faible création de valeur. Léonard Prunier (FEEF) martèle le sort des PME — un tiers déficitaires, contre 19 % avant EGAlim — et plaide pour la différenciation selon la taille, parfaitement constitutionnelle selon lui.

« L'égalité, ce n'est pas les mêmes règles pour tous. C'est des règles qui rétablissent l'équilibre. Quand vous êtes seul face à 8 000 hypermarchés, vous ne pesez rien. »Léonard Prunier — FEEF

Sur le rôle des fédérations, accord sur trois fonctions : lanceur d'alerte, interlocuteur crédible par la représentativité, et intermédiaire dégagé des représailles que craignent les entreprises individuelles. Avec une autocritique partagée : le réflexe d'amender chaque texte a nourri l'inflation qu'elles dénoncent.

À retenir

Les fédérations convergent sur la création de valeur et l'interdépendance, divergent sur l'autorité (dépendante vs indépendante) et la différenciation. Le diagnostic-clé : un problème de comportement et de confiance, plus que de texte.

12h25 - 12h45 Table ronde 6

« Conclusion par les avocats à l'initiative de la conférence »

Olivier Leroy · Vertice Nicolas Genty · Loi & Stratégies

Les deux organisateurs reviennent sur la genèse du colloque — pensé un an plus tôt, inspiré de l'essai Droite année zéro de Jean-Louis Bourlanges (1988) : être « brillamment critique à l'égard des siens », refuser la nostalgie, viser l'échéance de 2027. Maître Olivier Leroy rappelle que la concurrence est d'abord horizontale — d'où les divergences entre fédérations, concurrentes entre elles — et résume l'enjeu : faire émerger des idées « qui traversent les couloirs jusqu'à l'hémicycle ».

Maître Nicolas Genty insiste sur sa ligne : moins réécrire la loi que la rendre réellement applicable. Il plaide pour une analyse plus fine du rapport de force — qui ne se mesure pas au chiffre d'affaires (le seuil de 350 M€ est trompeur), mais à la capacité de nuire de l'un à l'autre — et pour trois travaux : un scénario contrefactuel (qu'aurait donné l'économie sans cette réglementation ?), une étude sociologique du comportement, et une indispensable inscription dans une démarche européenne.

« Le sujet n'est pas réguler ou déréguler. Tout le monde était prospère sous la loi Galland, et ce n'était pas la dérégulation. La vraie question : changer d'objet et gagner en création de valeur. »Olivier Leroy

Leroy referme sur les deux acquis qu'il retient : l'objet de la négociation doit être rouvert (le prix fixe est intenable face aux crises à répétition) ; et il manque une autorité crédible, l'autorité réglementaire actuelle étant jugée insuffisante. Genty conclut sur l'espoir que « quelques idées traversent les couloirs » — c'est, dit-il, tout l'objet d'avoir tenu cette matinée à l'Assemblée.

À retenir

Mot d'ordre des organisateurs : sortir du faux débat « réguler / déréguler ». Deux legs pour 2027 — changer l'objet de la négociation et restaurer une autorité crédible — dans une perspective européenne.

Note de méthode. Cette synthèse et ces comptes-rendus ont été établis à partir des retranscriptions de la matinée. Les propos sont restitués au plus près de leur sens ; les citations ont été lissées pour la lecture, sans en altérer la substance. Toute coquille ou attribution erronée nous sera utilement signalée pour correction avant diffusion.

Revoir la matinée

Un replay de l'intégralité des débats est mis à disposition des participants et de l'écosystème — y compris les échanges qui n'ont pu être pleinement développés faute de temps.

Accéder au replay
Remerciements

Nous remercions Mme Anne-Sophie Ronceret pour avoir rendu cet événement possible.

Ensemble pour la République · Apparentée au groupe · Yvelines (10ᵉ circonscription) · Mandat en cours